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L’amour maternel et son tutti frutti de la nature, des bonnes mères et de l’instinct

 

On ne saurait ici se complaire à évider la mythologie de l’amour maternel universel et naturel, a seule fin d’agression d’une belle histoire aussi ancienne que notre ère. Le risque ce faisant serait d’ailleurs, en dénonçant les « mères possessives » et autres « dominantes castratrices », d’alimenter une autre mythologie, celle-ci originant le folklore machiste. Non, l’exercice ici serait bien plus sous-tendu d’un désir : soulager les mères du fardeau de l’amour qui rend les enfants si pesants et fatigue le plaisir de les désirer, les porter, les élever, et les laisser s’envoler. Car nous nous trouvons, en France, dans cette étrange situation, à savoir que la maternité se porte de mieux en mieux, tandis que les mères vont de plus en plus mal. Parmi les pays d’Europe comparables, la France est celui où le taux de natalité est le plus élevé. Ajoutons que c’est aussi celui où les femmes qui ont des enfants sont les plus nombreuses à travailler. On parle aujourd’hui du « syndrome de la fatigue des mères ». Pourquoi cette fatigue associée au sentiment de solitude est-elle si fréquente ? La présence d’un bébé est un jeu d’éclipse qui ne livre pas ses règles ; elle institue un rapport d’emprise qui n’a rien de tendre. Naître fille, devenir femme, choisir d’être mère, ce parcours n’est pas tracé par la nature. Le droit de choisir a permis aux femmes d’apaiser leur rapport à la maternité.

Moins subie dans notre pays, grâce à la contraception et à l’avortement, et n’en déplaise aux intégristes religieux et réactionnaires de tous bords qui voudraient bien reprendre le pouvoir, la maternité a retrouvé pour les femmes une place de choix au même titre que la vie amoureuse et la vie professionnelle et sociale. Maternité choisie, maternité investie, pourvu qu’elle soit relative. Une femme qui s’engage en maternité pénètre un univers magique, émouvant, qui la fragilise et la transforme, l’inquiète et la transporte. L’enfant la dépose sur une crête exposée, entre la vallée des bonheurs et celle des angoisses. Elle réalise à quel point elle peut être aussi fière et déprimée. Le psychisme se moque d’être cohérent quand il est bien vivant. Avoir des enfants et s’en occuper, c’est une chance pour la plupart des femmes. Rares sont aujourd’hui, celles qui ne veulent pas d’enfant, et qui y renonceraient pour des raisons professionnelles, ou pour des idéaux politiques. Les joies de la maternité ont déjà été largement peintes. Depuis des siècles, dans toutes les cultures, les déesses-mères pullulent. En France, il aura fallu toute l’énergie et la radicalité des féministes pour gratter le vernis de la maternité, au risque d’y découvrir l’aliénation et de rayer le fond du désir maternel. À l’exception de circonstances graves, élever des enfants n’est pas un enfer, mais ce n’est pas non plus le paradis. C’est juste la vie.

 

 

 

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